Au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, entre collines, sentiers anciens et paysages sauvages, le petit hameau de Douroulles a longtemps vécu au rythme de la lavande. Bien avant que les champs violets de Provence ne deviennent célèbres dans le monde entier, ici la lavande représentait un travail exigeant, une ressource précieuse et une part essentielle de la vie locale.
Aujourd’hui, cette culture a presque disparu dans le secteur. Pourtant, son histoire mérite d’être racontée.
Une tradition présente dès 1820
Dès le début du XIXe siècle, la lavande vraie était déjà récoltée autour de Douroulles. À cette époque, tout se faisait à la main. Les habitants connaissaient parfaitement les terrains, les saisons et les gestes nécessaires pour tirer le meilleur de cette plante emblématique de la Provence.
La coupe durait environ quarante jours. C’était une période intense, attendue chaque année, durant laquelle de nombreux habitants des hameaux voisins participaient aux travaux.
Des départs à l’aube depuis les hameaux voisins
À l’aube, les habitants partaient des Roux et d’autres hameaux environnants pour rejoindre les zones de coupe. Il n’existait ni route moderne, ni confort particulier. Les déplacements se faisaient à pied ou à cheval. Plus tard seulement, les tracteurs firent leur apparition.
Une ancienne voisine, aujourd’hui disparue, empruntait chaque jour un sentier de montagne pour rejoindre les lavandes en seulement une heure de marche. Puis, elle redescendait le soir jusqu’à son hameau. Ce trajet quotidien témoigne de la dureté, mais aussi du courage de cette époque.
Des fagots de plus de 80 kilos
Une fois coupée, la lavande était rassemblée en lourds fagots pouvant dépasser 80 kilos. Il fallait ensuite les transporter jusqu’aux lieux de distillation.
Ce travail demandait une grande endurance physique et mobilisait toute une communauté pendant la saison.
Les premières distillations
Avant l’installation d’une distillerie locale, la lavande était distillée au Gion et à Barrême.
En 1880, la première distillerie fut installée à Douroulles. À ses débuts, on utilisait un alambic à feu nu chauffé au bois. Plus tard, un alambic plus moderne fabriqué par Eysseric de Nyons vint prendre le relais.
Ces installations racontent l’évolution d’un savoir-faire traditionnel, entre gestes anciens et modernisation progressive.
Des bonbonnes protégées par la paille de seigle
L’essence de lavande était conservée dans des bonbonnes recouvertes de paille de seigle afin de les protéger pendant le transport.
Portées sur le dos jusqu’à la foire d’août de Barrême, elles étaient ensuite expédiées vers Grasse grâce au petit train et aux wagons du Sud de la France.
Ainsi, depuis ce petit territoire de montagne, la lavande rejoignait déjà les grandes maisons de parfum.
Une agriculture sans engrais chimiques
À cette époque, les cultures ne recevaient aucun engrais chimique. Les plantations étaient entretenues à la main, à la pioche ou avec l’araire.
Les plants étaient souvent plus résistants qu’aujourd’hui, adaptés à leur environnement et cultivés avec patience. Le travail était dur, mais profondément lié à la terre et aux saisons.
Une disparition progressive
Aujourd’hui, la culture de la lavande n’est plus exploitée à Douroulles comme autrefois. Peu à peu, les champs disparaissent, emportant avec eux une partie de l’histoire locale.
C’est une perte pour le paysage, pour la mémoire rurale et pour tout un patrimoine provençal façonné par des générations de femmes et d’hommes.
Une histoire personnelle et une source d’inspiration
J’ai passé mon enfance dans un hameau voisin de Douroulles, au cœur de ces paysages de Haute-Provence. Aujourd’hui encore, j’y retourne aussi souvent que possible. Ces lieux font partie de mon histoire et continuent de nourrir mon regard.
Ramasser les traces de ce passé lié à la lavande vraie est pour moi un immense privilège. Chaque sentier, chaque pierre et chaque souvenir racontent une époque où la terre vivait au rythme des saisons et du travail des hommes. Tout cela est une véritable source d’inspiration dans mes créations, à travers lesquelles j’essaie de transmettre un peu de cette Provence sincère, lumineuse et profondément vivante.
J’ai aussi eu la chance d’entendre les anciens raconter leurs histoires, leurs gestes d’autrefois, leurs souvenirs de coupe, de distillation et de foires. Ces paroles précieuses méritent d’être transmises à leur tour.
Retrouver l’esprit de la lavande dans nos créations
Inspirées par cette histoire et par les paysages de Haute-Provence, nos bougies parfumées prolongent cet héritage à travers des senteurs authentiques et raffinées. Découvrir nos bougies inspirées de la Provence
Préserver la mémoire de la Provence
Raconter cette histoire, c’est rendre hommage à celles et ceux qui se levaient avant le jour, parcouraient les sentiers, coupaient la lavande sous le soleil et faisaient vivre ces terres avec courage.
La Provence ne se résume pas à ses cartes postales. Elle vit aussi dans ces souvenirs, ces gestes oubliés et ces villages qui ont longtemps cultivé la lavande avec passion.




